1 - Benjamin

 L’angoisse fait partie de ma vie.

 J’angoisse quand je cogite trop, quand je m’ennuie, quand je ne maîtrise pas quelque chose que je fais, quand je garde quelque chose pour moi. Alors qu’il me suffirait de le crier sur tous les toits.

Je ne sais pas d’où cela vient, mais je me souviens que gamin, le soir, j’avais peur qu’il m’arrive quelque chose pendant mon sommeil. Je ne sais compter le nombre de fois où j’ai eu peur de ne plus pouvoir respirer, de ne plus entendre, de ne plus pouvoir me lever, de ne pas me réveiller… Et pourtant après chaque nuit d’angoisse, le matin, je me réveillais comme si de rien n’était. La nuit laissait place à la vie.

 Avec le temps ces angoisses, ont laissé place à l’âge de la maturité. J’ai grandi et développé de nouveaux rêves. J’ai eu mon BAC, j’ai changé d’univers, et j’ai tout recommencé dans une autre ville.

Ici, personne ne savait que j’étais un fainéant angoissé, du coup, j’ai enfilé un masque et je me suis fait passer pour un mec sur de lui. Le problème quand on fait semblant, c’est qu’à un moment la vérité finie toujours par éclater. Les angoisses que j’avais passées une partie de ma vie à dompter ont fini par s’échapper.

 Après une année à vivre en tant qu’indépendant, j’ai dû renoncer à mes rêves et devenir salarié. Je l’ai vécu comme un échec personnel. Ça ne faisait pas partie de mes plans. Mon masque tombait, j’étais fragile et perdu. S’en sont suivis, des crises d’angoisses à répétition, de nombreux rendez-vous chez le médecin, une phobie de tout ce que je ne maîtrisais pas et surtout la peur d’échouer de nouveau. C’était tellement pesant et je me suis servi des mes angoisses pour redevenir le mec fainéant que j’étais enfant. J’avais l’excuse parfaite pour ne plus sortir, me laisser aller et baisser les bras. 

 Un soir en rentrant du travail, compulsivement pour me changer les idées je me suis mis à dessiner. J’ai publié sur Instagram. S’en sont suivi les likes, les encouragements, les propositions, les expositions, le retour à l’indépendance, le bonheur … Les crises d’angoisses ont laissé place à du stress puis au trac.

 Je fais toujours des crises d’angoisse, mais j’ai compris qu’elles sont le signal d’alarme de mon corps quand ça ne va pas. J’ai pris conscience aussi qu’elles font partie de moi et qu’elle définisse qui je suis.

 Je suis un heureux angoissé.

Benjamin Rolland